Midgar, de Noham Selcer

« Une minute plus tard, le robinet de la salle de bains s'arrête de couler, Zellik revient s'asseoir à côté de sa sœur. Il lui chuchote, Le boss est mort, j'ai pu sauvegarder, j'ai tout éteint. Sura hoche la tête avec sérieux et lui répond très bas, Zell, je te préviens. Quoi ? tu sais très bien. Non, je ne sais pas, Sura, qu'est-ce que tu veux ? La prochaine fois, même si c'est dans deux mois, même si c'est dans quatre ans, c'est moi qui joue. »

Nous avions aimé le premier roman de Noham Selcer, La chaîne de Markov, avions admiré son style maîtrisé, le déploiement tant intelligent que drôle de l'histoire narrée. Son deuxième roman, Midgar, paraît en cette rentrée littéraire 2026 et confirme son talent, sa finesse de perception et ce regard de l'écrivain toujours lucide, toujours tendre, empreint d'humanité.

Le roman s'ouvre sur l'arrivée d'une PlayStation dans la maison. L'oeuvre qu'elle porte en son sein est Final Fantasy VII. Trois enfants sont devant l'écran de télévision : Sura, l'aînée, Zellik le cadet, et Gaston le plus petit des trois. Le jeu commence. La vie se met en marche et une dynamique singulière et solide s'instaure entre ces frères et sœur. Le lecteur continuera de cheminer à leur côté, alors qu'ils continuent de jouer, qu'ils se perfectionnent, grandissent, font des études, s'engagent dans la vie professionnelle. Aux antipodes les uns des autres, ils feront des choix différents, vivront des parcours à mille lieues les uns des autres. Jusqu'au jour où...

La structure narrative est amusante. Et parfaite. Au plus près successivement de Sura, de Zellik ou de Gaston. On les connaît, on les comprend, on les hume. Chacun représente une des trames de la dynamique de nos temps : le monde de la finance et de l'argent ; l'humanitaire et les préoccupations environnementales ; le désarroi et le désœuvrement. Ces trois forces peuvent-elles s'allier sans destruction de ses parties ? La fraternité a-t-elle les moyens de relever ce défi ? Midgar nous offre une jolie équation, résolue avec grâce.

Nous avons aimé ce livre parce qu'il est humain à chaque page. A tour de rôle drôle, effrayant, poignant, agaçant, inattendu... Et tout cela disposé sur l'échiquier d'un jeu électronique.  Qu'apporte la Final Fantasy, que peut-on retirer de l'univers du jeu. Le bon et le mauvais, le tragique et le magique ... tout comme dans la vie. Midgar est une très belle lecture de cette rentrée littéraire, et Noham Selcer désormais un écrivain que l'on voudra suivre assidûment.

MIDGAR
Noham Selcer
éd. Gallimard, 2026

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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