Tout se joua là

J’avais lu « Le danseur », « Zoli » et « Les saisons de la nuit » avec grand plaisir, voilà pourquoi ayant lu les critiques bien alléchantes de ce livre-ci j’ai eu envie de le découvrir ! Je décidai par la même occasion de m’imprégner enfin de la plume de l’auteur dans sa langue originale. Pour la première fois donc j’ai lu Colum McCann en anglais ; j’ai trouvé sa plume délicieuse, poétique à souhait et inventive dans son emploi des mots. La structure est bien différente de Zoli et de Danseur.

Le récit prend place à New York, en ce jour d’août 1974 où le funambule Philippe Petit se promène et s’amuse une heure durant sur son câble reliant les deux tours jumelles de la World Trade Center. D’un chapitre à l’autre nous rentrons dans l’intimité de personnages divers et variés. Progressivement nous parvenons à délier les fils qui unissent ces personnages, et les relient entre eux. C’est simple, Colum McCann désirait écrire un livre sur le 11 septembre. Il a donc écrit un livre sur le 11 septembre qui ne parle à aucun moment du 11 septembre !

Si tant est que chaque être humain n’est qu’une minuscule fourmi, microscopique au vu de l’univers dans son global, que l’histoire d’une vie peut paraître dénuée de sens comparée à l’ordre parfait qui régit l’univers, un individu et le destin d’un homme n’en restent pas moins touchants, et porteurs d’essentiel lorsque l’on y regarde de près. Une grand-mère prostituée noire, un jeune irlandais amoureux des laissés pour compte et qui cache sa prêtrise, de jeunes mères qui ont perdu leur fils au Vietnam, une jeune artiste noyée dans la drogue… autant de personnages qui sous la plume de Monsieur McCann deviennent si réels et vivants dans leurs subtilités qu’ils continuent de nous accompagner longtemps encore après que l’on ait terminé le livre.

Dieu sans les hommes d’Hari Kunzru, Qu’avons-nous fait de nos rêves de Jennifer Egan et Le Temps qui va, Le temps qui vient d’Hiromi Kawakami s’emploient à cette même ingéniosité de tissage de liens entre personnages différents dans une même trame fictionnelle. Le premier s’inscrit dans l’étrange, le deuxième se revêt d’humour pétillant et le troisième nous insuffle incidemment une poésie philosophique.

Signalons que le dernier livre de Column McCann “Transatlatic” est en lice pour le prix Femina 2013 et avait fait partie de la première sélection du Man Booker Prize 2013.

Let the great world spin 2

ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
(Let the Great World Spin)
Colum McCann
Ed. Belfond, 2009
Traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre
National Book Award 2009