Les Prix Man Booker, Dublin Literary et Pulitzer 2018

Les écrivains irlandais sont à l'honneur cette année. Cela n'est peut-être pas étonnant pour un lauréat du Dublin Literary Prize, mais c'est la première fois en revanche que le Man Booker, un des plus prestigieux prix littéraires anglophones, est remis à une écrivaine d'Irlande du Nord. Dans les deux cas nous avons affaire à un texte écrit sous forme d'un long flux de conscience, et cela est peut-être très irlandais ?!

Le choix du jury du Dublin Literary Prize 2018 s'est porté sur le roman "D'os et de lumière" de Mike McCormac, traduit en français par les éditions Grasset, qui sera disponible à partir du 9 janvier 2019. "Solar Bones" de son titre original, avait remporté le prix Goldsmiths en 2016, avait été retenu dans la première sélection du Man Booker en 2017 et devient lauréat cette année du prix littéraire international de Dublin. Le narrateur, un homme d'âge mur nous raconte l'histoire de sa vie, d'un souffle. Eh oui, nous avons là un récit écrit d'une seule ligne. Aucune ponctuation ne vient ralentir ou freiner le récit avant le point final qui cloture l'histoire. D'une voix profonde et attendrissante cet homme nous restitue une époque, un contexte global. Je n'ai fait que commencer le livre mais les critiques nous disent que le roman est poignant. Je vous en parlerai plus avant dans une chronique à venir.

Anna Burns de son côté surprend la plupart des critiques et lecteurs en remportant le Man Booker Prize 2018. Jeune écrivaine n'ayant à son actif qu'un seul roman précédent, elle fait le récit d'une jeune irlandaise qui a dix-huit à l'époque des "Troubles" de l'Irlande du Nord. Sa narratrice raconte avec humour et dérision la face du pouvoir dans son pays et dans sa vie personnelle. Etant harcelée par le "Milkman", elle avance dans la vie, le nez dans les livres, et fait tout son possible pour ne pas attirer l'attention sur elle. Et pourtant, les commérages et racontars douteux vont bon train.  Aucun personnage n'est nommé dans ce livre : tous ont des surnoms. Ni le lieu ni la date ne sont indiqués mais l'on sait bien qu'on est à Belfast et quels sont les événements qui s'y déroulent. Sous des airs Beckettiens elle dénonce la gravité de son monde en la faisant déchoir dans l'absurdité. Là aussi c'est un flux de conscience qui nous accueille et nous accompagne tout le long du récit. Les critiques et lecteurs reconnaissent que c'est un livre ardu au premier abord mais se disent unanimement subjugués. Je ne manquerai pas de le lire et de vous en parler en attendant qu'il soit traduit en français.

Les autres prix littéraires anglophones que je suis attentivement feront bientôt leurs annonces : le National Book Award américain révélera son lauréat 2018 le 14 novembre. Quant au Scotiabank Giller Prize canadien, ce sera quelques jours après, le 19 novembre que nous connaîtront l'heureux élu.

Le Pulitzer, lui, a fait l'annonce de ses lauréats au printemps. Traduit sous le titre "Les tribulations d'Arthur Mineur", c'est "Less" d'Andrew Sean Greer qui a remporté le prix de la fiction. Sa traduction française paraîtra le 2 janvier 2019 chez l'éditeur Jacqueline Chambon (Actes Sud). Je ne l'ai pas encore lu, mais vous recommande les deux autres finalistes : J'ai adoré The Idiot d'Elif Batuman  qui sera traduit et publié en français en 2020 par les éditions de l'Olivier, et  suis en train de lire Au Loin d'Hernan Diaz (que je trouve magnifique), déjà paru en français chez Delcourt littérature.

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