La grande bassesse

Hanif Kureishi est une grande figure des arts et lettres de l’Angleterre contemporain. Il n’est pour ainsi dire pas de grandes distinctions qu’il n’ait reçu à ce jour, au titre desquels celles de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres ou Commander of the Order of the British Empire. Il est écrivain, scénariste, dramaturge… Je ne pense pas que ce livre reflète les thématiques qui lui sont habituelles mais il n’y a peut-être pas d’entrée unique pour aborder son oeuvre. Et pour ma part j’y aurai mis les pieds par cet « Air de rien », de son titre original littéral « Le Rien » !

Eh oui, versons un rien de luxure, ajoutons-y un rien de manipulation, complétons en agrémentant d’un rien de trahison, saupoudrons un rien de détresse et pour l’assaisonnement final chacun selon ses goûts optera pour un rien de jalousie ou de vilenie ou d’insanité mentale. Nous obtiendrons alors ce grand rien qui est synonyme de désir absolu de pouvoir mais également synonyme d’impuissance totale ! Et voici ce qui est mis en scène dans ce livre fin et léger d’à peine deux cent pages. C’est plein d’humour, mais est-ce vraiment drôle ?!

Le narrateur est un ancien producteur de cinéma. Gloire et pouvoir, talent et charme ont composé sa vie mais il approche maintenant de la mort. Quasiment impotent il est entièrement dépendant de son épouse qui le lève, le couche, le nourrit, le lave, et nettoie son lit quand il s’est oublié dans la nuit. Sa femme qui témoigne encore de beauté et de jeunesse semble avoir un amant. Et cela va redonner de l’entrain au mari, bien décidé à avoir le dernier mot…

A lire mon résumé de l’intrigue vous pourriez croire à une saynète, mais il n’en est rien, c’est du grand art, et parfaitement dramatique, qui se déroule sous nos yeux, qui nous happe dès les premiers mots du récits et qui ne nous libère, pour ainsi dire, qu’à la toute dernière phrase. Tout est élégant et policé, quelque part, mais il ne se trouve pas une once de vertueux, de pur ou d’innocent dans l’univers de ce livre. Serait-ce un instantané de notre monde, de notre temps, de l’être humain? Non, c’est peut-être ce petit rien qui sépare le bonheur du malheur, l’homme bienheureux de l’homme malheureux, l’amour compassion de l’amour terrestre.

L’AIR DE RIEN
(The Nothing)
Hanif Kureishi
Traduit de l’anglais par Florence Cabaret
Ed. Christian Bourgois

Les illustrations présentées sont les oeuvres de :
– Gino Severini
– Moogly

Share Button