Le conditionnement, pourquoi comment ?

J’ai envie de vous parler d’une installation artistique. Je sais que vous n’allez pas prendre un billet d’avion et venir à Dubaï pour la voir. Et ce n’est pas nécessaire de le faire. Mais puisque je suis ici à Dubaï, que j’ai vu, expérimenté cette installation, c’est nécessaire que je vous en parle. Je suis certaine que l’idée n’est pas neuve. Je suis certaine que l’on peut réaliser une installation de plus grande envergure et portée… Mais la question n’est pas là. La question est le sujet. Ce sujet que l’artiste a eu à coeur d’aborder, de traiter, et de mettre en oeuvre.

L’installation se nomme “Under 2018” (Sous 2018).

Autrefois on concevait des volières où un filet était fixé à une certaine hauteur. Les oiseaux ne pouvaient s’envoler au-delà de cette hauteur. Après un certain temps le filet était enlevé. Mais les oiseaux eux, étaient conditionnés : ils ne volaient plus en deçà de la hauteur qui leur avait été prescrite jusque là. Voilà la source d’inspiration de l’artiste. Son installation consiste en cela : un bloc dans lequel on entre, où un filet est installé. Hormis l’entrée à la petite baraque il n’y a pas d’ouvertures, de fenêtres. Un filet est installé, et un arbre se trouve au centre de la petite baraque. L’arbre sort la tête de la baraque, prend la lumière du dehors. Et nous, qui entrons là ne voyons que cela. Des haut-parleurs sont intégrés aux quatre murs. Et il en sort des chants d’oiseaux, des mots de quelqu’un qui parle. Lire la suite

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Couleurs et portiques

L’Art et la littérature ne font que reprendre peut-être des créations antérieures, des oeuvres pensées et réalisées dans le passé. Mais toute nouvelle création artistique relève malgré tout de l’origine des choses et éveille en nous mille échos, de choses vues, ressenties ou imaginées. En voyage, je me promenais l’autre jour, et longeais une des grandes avenues de Dubaï. Les trottoirs étaient larges. Les immeubles aux architectures travaillées, plus ou moins modernistes ou surréalistes, bordaient les trottoirs de cette avenue en question. Une légère brise soufflait. Et j’ai été traversée par un ressenti singulier : une chevelure souple et multiple, dotée de couleurs douces, fraîches, dégradées, parfois sombres, parfois vives, dansait au vent. Je suis rentrée en résonance avec ce quelque chose que je n’avais pas encore bien regardé.

Et ma soeur m’a expliqué : il s’agit d’une installation d’art, réalisée récemment par une artiste venue d’ailleurs. Ces portiques de couleurs diverses et variées, pleines de légèreté et de douceur nous ont fait penser à The Gates, installation de Christo et Jeanne-Claude réalisée en 2005 à New York, dans Central Park. Y avait-il un lien entre les deux ? L’un avait-il inspiré l’autre ?

Alors nous nous sommes renseignées. Il s’avère que c’est une artiste et architecte française qui a réalisé cette installation. Elle s’appelle Emmanuelle Moureaux et elle vit au Japon depuis 1995. Déjà je comprenais mieux que cette oeuvre m’ait ainsi touchée. Moi qui ne suis jamais allée au Japon, j’ai tant du Japon dans ma vie, au quotidien… à commencer par le thé ! Mais j’étais loin de me douter de toutes les thématiques enchanteresses que j’allais approcher.

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Le fluide éphémère de Cyril Maccioni

J’ai enfin pu visiter cette exposition hier. J’en suis sortie enchantée, parce qu’encore une fois j’ai pu vérifier à quel point on ne peut comprendre une oeuvre, la ressentir, la laisser se révéler à nous si l’on ne se trouve pas physiquement en sa présence… Sur photo une oeuvre se montre, sur place une oeuvre se donne et nous enrichit de sensations, d’émotions et de vie (perdue ou retrouvée !!)

J’avoue qu’au départ, sur les photos, je ne comprenais pas ces pièces, “mais pourquoi si lisses ?”, me demandai-je constamment. En leur présence j’ai vu les courbes et les reflets. Car oui, c’est noir, mais c’est surtout une surface où tout se reflète, plus belle qu’un miroir puisque la lumière “se pose” dedans et s’impose dessus.

Mais il y a eu ce moment où je regardais les pattes du grand singe et j’ai eu l’étrange sensation que la sculpture était d’eau. La matière coulait tout comme le long des courbes. J’avais le sentiment de voir cette patte fondre progressivement, disparaître, ne plus être. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris le “lisse”. Ce n’est pas lisse, c’est fluide. Aussi imposantes que puissent paraître ces bêtes, comme l’eau qui coule et que l’on ne peut retenir, elles sont fragiles. Un instant elles sont là ; l’instant d’après elles ne seront plus…

Éprouver une sensation inconnue face à une oeuvre est un grand cadeau. Merci à l’artiste Cyril Maccioni.

Voici quelques mots sur les matériaux utilisés (fibre de verre, fibre de carbone, résine à haute résistance mécanique, et autres matériaux de pointe), tirés du catalogue :

L’artiste a fait le choix d’opter pour une technique alliant la méthode de sculpture la plus ancienne qui soit, à savoir la taille directe (ici dans un bloc de polyuréthane et non dans la pierre, mais toujours entièrement opérée à la main) et les matériaux les plus modernes afin de procéder au recouvrement de cette matière brute initiale qui se veut très légère, dans le but d’apporter un compromis de légèreté et de pérennité à ses oeuvres. L’oeuvre terminée est donc pleine contrairement à une sculpture de coulée réalisée dans un moule, et n’existe qu’en un seul exemplaire.

L’exposition a lieu au Bastion de France dans la vieille ville de Porto-Vecchio, jusqu’en septembre 2017. Horaires d’ouverture 10h30-13h30 et 17h-22h.

Notons qu’à partir d’avril 2018 il est exposé à Paris, place des Vosges, à la Galerie du Marais parmi la collection permanente.

N’hésitez pas à visiter le site internet de l’artiste et celui de la galerie parisienne.

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Le MAMAC, Musée d’Art Moderne de Nice

 Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de ma visite au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice. Je ne sais si le ce musée a fait peau neuve depuis ma visite, mais voici l’histoire de “Yassi au MAMAC” !

 

1. Elle monte les escaliers, traverse les couloirs, et s’exclame ” Ah, décidément, la modernité a vieilli ! … et ce musée en est la preuve vivante !!! ”

2. Elle se prend au jeu malgré tout, et malgré les mille marches qu’il faut monter et descendre elle s’amuse de ce parcours que l’architecture du lieu lui propose.
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Le précieux pouvoir des pierres

Je vous parlais dans cet autre article de mon “expérience” du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice. Le lieu a besoin d’inventivité pour offrir au visiteur quelque chose de vibrant malgré la désuétude et le manque d’entretien du bâtiment. C’est cela que la commissaire Rebecca François a réussi à faire avec l’exposition temporaire “Le précieux pouvoir des pierres” qui s’y déroule jusqu’au 15 mai 2016.

J’ai été subjuguée par les jeux de lumière et d’obscurité profonde, de mouvement en lenteur, et des pauses singulières dans les pièces aménagées pour les oeuvres en projection. Et surtout, j’ai été électrisée par une oeuvre de Damian Ortega, artiste mexicain, dont vous pourrez voir l’image vivante, filmée de mes petites mains inexpertes que vous pourrez regarder à la fin de cet article.

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Peter Kim et l’immobilité dansante

… Ce n’est que par la forme, le motif
Que les paroles ou la musique peuvent
Parvenir à l’immobile quiétude, comme un vase chinois
Se meut encore, perpétuellement, dans son immobilité.

T.S. Eliot, “Burnt Norton”
Four Auartets, 1935

C’est sous l’égide de cette citation que Peter Kim, artiste sud-coréen diplômé en France, nous invite à vivre son expo “Peter Kim Afloat” actuellement à la galerie du MAMAC à Nice. Et en effet son oeuvre inspire le calme alors que riche de mille traits. Un équilibre juste règne entre le vide et le plein de ses bols qui “flottent” sur les murs de la salle…

Les vers de T.S. Eliot en version originale :
… Only by the form, the pattern,
Can words or music reach
The stillness, as a Chinese jar still
Moves perpetually in its stillness.

 

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La Chapelle de Matisse

” Cette oeuvre m’a demandé quatre ans de travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie d’artiste. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef d’oeuvre. “

Voici ce qu’a dit Matisse de cette chapelle qui m’a tant ravie.

Au contraire de la chapelle des pénitents blancs de Saint Paul de Vence décorée par Folon, la chapelle du rosaire de Vence, que l’on appelle la Chapelle Matisse n’est pas un lieu dédié aux touristes en visite… D’ailleurs le touriste n’est pas accueilli par un personnel municipal qui vous fait payer, demande le ticket à l’entrée etc, mais par les soeurs dominicaines elles-mêmes (quatre messes se déroulent toutes les semaines dans la chapelle). Lire la suite

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