Baisers du Singe – Correspondance Virginia Woolf & Vanessa Bell

Les éditions de La Table Ronde nous offrent un très beau livre en cette année 2026 ; il nous paraît évident que toute bibliothèque sensible rêve d'accueillir cet ouvrage en son sein. Pour la première fois nous avons entre les mains, et dans une très belle traduction française, la correspondance des sœurs Virginia Woolf et Vanessa Bell, parue sous le titre Baisers du Singe. Le livre est agrémenté d'une iconographie sublime, et de repères précieux tels leur généalogie, ou la liste détaillée des lieux cités dans leurs lettres.

L'organisation chronologique de cette correspondance l'empreint d'une magie particulière. De 1904 à 1941 (date du décès de Virginia Woolf), nous accompagnons les deux sœurs pas à pas dans leur cheminement. Elles se soutiennent, s'amusent de tout, relatent leurs aventures quotidiennes. Elles se connaissent si bien que chacune sait déceler et débusquer les émotions cachées au cœur d'un mot, d'une tournure de phrase de l'autre. Et nous sommes avec elles, dans ce roman de leur vie.

Vous imaginez la qualité littéraire des lettres de la grande écrivaine, mais sa sœur ne manque pas non plus de finesse et d'agilité dans le maniement des mots. Sans compter l'humour qui jalonne le texte. Elles sont drôles, elles se taquinent, elles mettent du sel et du piment dans le récit de leurs rencontres avec un tel et une telle, une voisine, une connaissance, et tout le petit monde très fourni qu'elles côtoient. Elles s'affublent de surnoms singuliers : « Mon pauvre petit Singe » dit Vanessa à Virginia, « Mon Singe à moi » lui réponde Virginia.

Ce livre est émouvant et se lit en effet comme un roman. La tête nous tourne parfois avec ces nombreux personnages qu'elles croisent, tous ces lieux où elles séjournent, et cette époque de la Grande Bretagne. Et puis il y a la dernière lettre. Peu connue. Car nous connaissons tous la lettre que Virginia a laissé à son mari avant d'en finir avec les tourments qui brouillaient sa vie. Mais quelques jours avant de mourir elle avait écrit une lettre à sa sœur, elle se terminait sur ces mots : « J'ai lutté mais je n'y arrive plus ».

En fermant ce livre on pourra se replonger dans tous les écrits que Virginia Woolf nous a laissés - Les Vagues, Vers le phare, et tant d'autres. Régulièrement on reviendra à ce livre pour picorer une lettre en particulier ou pour poser longuement le regard sur un tableau, une photographie. Un indispensable de toute bibliothèque, et un beau cadeau à offrir.

BAISERS DU SINGE
Correspondance de Virginia Woolf & Vanessa Bell
Traduit de l'anglais par Carine Bratzlavsky et Anne-Marie Smith-Di Biasio
Préface de Cécile Wajsbrot

éd. La Table Ronde, 2026

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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