« La toute première chose dont je me souvienne, dans ma prime enfance, c'est d'une flamme, d'une flamme bleue jaillissant d'une cuisinière à gaz que quelqu'un venait d'allumer. (...)
Je la vis, je sentis sa chaleur près de mon visage. J'éprouvai de la frayeur, une vraie frayeur, pour la première fois de ma vie. Mais je garde aussi le souvenir d'une sorte d'aventure, d'une joie étrange aussi. Cette expérience me fit découvrir des recoins jusqu'alors inexplorés de ma tête. Me conduisit jusqu'à une frontière, jusqu'à la limite, peut-être, du possible (...) Cette peur était comme un défi, une invite à aller de l'avant, vers quelque chose dont j'ignorais tout. C'est alors probablement que prit forme ma philosophie personnelle de la vie, mon engagement en tout ce que je crois. »
Nous fêtons en 2026 le centenaire de la naissance de Miles Davis, le musicien légendaire, le jazzman sulfureux et talentueux qui aura marqué son temps et l'histoire de la musique. Deux ans avant sa mort il avait fait paraître son autobiographie, travaillée avec un journaliste écrivain de son choix, Quincy Troupe. Le lecteur français a la chance de pouvoir lire ce livre qui vient de paraître en poche dans la collection La petite vermillon de La Table Ronde. Livre à ne pas rater, et à garder précieusement dans sa bibliothèque personnelle.
Miles nous parle dans ce livre. Il s'exprime dans sa langue tumultueuse et escarpée où une insulte royale peut tout aussi bien être la plus inouïe des marques d'admiration. Chez Miles, point de demi-mesure : sans concession et toujours en se réinventant. Nous lirons ici sa vie dans le détail, depuis l'enfance, et en rencontrant la famille dont il est issu. On le verra grandir, jouer de la trompette dès l'âge de 12 ans, monter à New York pour suivre les cours de la réputée Julliard School à 17 ans. Et jouer dès le premier jour au côté des plus grands, Bird (Charlie Parker), Dizzy Gillespie. Jusqu'à sa mort il a joué, inventé, appris des autres et innové. Et l'on sera surpris de lire les uns après les autres les noms de tous les grands du jazz et de la musique en général avec lesquels il aura travaillé.
L'autobiographie est haletante parce que la langue est vivante et parce que le parcours de Miles Davis est loin d'être un long fleuve tranquille. Les phases sombres, la drogue, l'alcool, la boxe. Et les femmes. La vie a été violente avec lui et en cela le livre est aussi le récit de la condition de l'homme noir aux États-Unis, si injuste, si éternelle. Mais Miles a eu aussi sa part de violence, envers les femmes les plus aimées de sa vie.
Miles - l'autobiographie nous plonge dans une époque révolue et dans un New York (et autres lieux) qui n'existent plus et que nous admirons. Pour le meilleur et pour le pire. Mais la grâce de la musique est ici présente à chaque page, le génie des grands, la folie des plus fous, et toujours la quête de l'absolu, cet instant où les musiciens qui jouent ensemble ne sont plus qu'un, fondus dans l'improvisation de l'instant, dans l'harmonie du souffle, peut-être mystique...
MILES - L'autobiographie
(Miles : The autobiography)
Miles Davis avec Quincy Troupe
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christian Gauffre
éd. La Table Ronde - collection La petite vermillon, 2026 (v.o. 1989)
Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.


