L’envol du moineau, d’Amy Belding Brown

Cet article a été rédigé et proposé par une adhérente de Kimamori Association. En bas de page vous aurez quelques mots de présentation de : Laurence Clémencet.

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Quand j’ai envie de m’évader pour les grands espaces, j’ouvre le roman d’un de ces auteurs nord-américains incontournables, comme Jim Harrison, Jim Fergus, ou de plus jeunes, tels Joseph Boyden ou Tony Orange. Ils nous décrivent une société inégalitaire qui s’est construite sur la destruction violente d’une culture par une autre. Les « natifs » indiens ont été les grands perdants de cet affrontement sans pitié. Pourtant, nous avons le bonheur d’assister à une renaissance de cette culture, transmise par les descendants des indiens survivants. La littérature est sans doute le premier vecteur qui nous permet de redécouvrir cette histoire qui n’a rien de commun avec les films de cowboys de notre enfance.

Amy Belding Brown nous donne une version plus féminine de cette tragédie. Elle nous fait entrer dans la peau d’une épouse de pasteur puritain du XVIIe siècle. Sa communauté est fraîchement arrivée d’Angleterre pour s’installer à la frontière indienne. Bien qu’elle supporte mal le moralisme religieux rigide qui bride sa vie, elle s’y plie. Cela aurait pu durer jusqu’à la fin de ses jours mais des évènements inattendus la mettent face à des choix capitaux qui vont changer son destin à jamais.
Mary accepte d’aider une jeune fille mère à accoucher. Elle s’oppose ainsi pour la première fois à son mari qui fait passer la moralité avant l’humanité. Cela commence à ébranler sa foi absolue dans les principes qui l’ont toujours gouvernée. Mais un évènement encore plus cruel va la transformer en profondeur.

Un jour, le village est sauvagement attaqué par les indiens. Les maisons sont brûlées. Presque tout le monde est massacré. Pourtant, Mary et ses enfants sont faits prisonniers pour être réduits en esclavage. Expérimentant cette condition, Mary prend conscience de l’atrocité de cette pratique. Elle ne comprend plus alors comment les « civilisés chrétiens » dont elle fait partie peuvent considérer que l’asservissement des noirs et des indiens est légitime, voire bénéfique.

Elle devient la servante de la cheffe de la tribu. Elle découvre alors une société où les femmes sont égales aux hommes et peuvent même être à leur tête. Elle s’adapte aux dures conditions de vie de la tribu traquée par l’armée anglaise. Durement traitée à son arrivée, elle s’endurcit et gagne le respect de tous. Ses talents de couturière lui offrent un statut ainsi qu’une reconnaissance. Elle découvre chez les indiens une empathie dont sont totalement dépourvue les Puritains. Bien que captive, on la laisse jouir d’une liberté toute nouvelle tandis qu’elle adopte un mode de vie lié à la nature. Elle peut enfin se découvrir elle-même.
Mary et ses enfants sont finalement remis aux Anglais contre rançon. Mais à son retour, elle n’a plus du tout le même regard sur les siens qui de leur côté la considèrent comme une étrangère. Elle vit son retour non comme une libération mais comme un emprisonnement.

Cette histoire est romancée mais se base sur des faits et des personnages réels. À travers le regard que Mary Rowlandson porte sur son époque, Amy Belding Brown ne nous interroge-elle pas sur la nôtre ? Ce choc des cultures indienne et chrétienne, elle nous le fait vivre à travers cette femme qui essaie de faire le pont entre deux systèmes de vie et de pensée qui semblent inconciliables.
De même, Amy Belding Brown nous défend de tout angélisme : aucun camp n’a l’apanage de la cruauté ni de l’humanité.

L'ENVOL DU MOINEAU
Amy Belding Brown
Traduit de l'anglais (américain) par Cindy Colin Kapen

éd. Cherche-midi 2019 (v.o. 2014)
édition poche 10/18, 2020

Les illustrations présentées dans l'article sont les œuvres de :
- Jean-Louis Gerome Ferris,
- James Ayers.

Cet article a été rédigé et proposé par Laurence Clémencet.

Voici quelques mots d'elle en guise de présentation :
Je suis professeur-documentaliste. J'aime écrire des nouvelles et parfois des contes. J'ai publié en 2020 un roman chez L'Harmattan que l'on pourrait peut-être qualifier d'historique : "Le silence des guerres".
Ce qui me fascine et m'habite, c'est  l'exploration de la permanence de la nature humaine au delà des lieux et des époques.

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