“Ne muse pas en chemin, mon fi”

Gouverneurs de la rosée

Il est des bijoux de la langue française qui peuvent nous enchanter en posant et maintenant un doux sourire sur nos lèvres, tout le long de notre lecture. Un français musical, un français fait d’images insolites, de mots délicieux dont la France ne sait user avec cette même délicatesse. Le français de Haïti, qui nous est offert ici par Jacques Roumain est plus que savoureux. Jumelé à ce sucré-acidulé des mots le récit en lui-même est de toute beauté.

On nous parle d’amour, décliné sous ses formes les plus touchantes. Et l’on nous parle d’eau, source de vie. N’est-ce pas même chose, d’ailleurs, puisque la rivière de la vie, tarie, anéantit son homme !

Manuel revient au pays après des décennies d’exil à Cuba. Devenu philosophe et rebelle, empreint du sens de la justice et de la sagesse immémoriale, il ne peut s’empêcher de se désoler des travers qui ont dévasté son village. Une communauté qui s’est scindée en deux suite à une querelle de famille, une terre qui s’est desséchée parce que nul n’a pensé à garder la sylve sur pied. L’eau n’est plus, les familles s’en vont chercher leur pain en d’autres lieux. Manuel s’emploie alors à trouver de l’eau. En partie parce qu’il s’est épris d’Annaïse, qui est malheureusement est issue de la branche des ennemis jurés de la famille.

Roman d’amour, le livre est aussi un traité de paix, une invitation au bon sens, à la solidarité et à l’équité qui sont les conditions sine qua non d’un avenir possible pour ce village, comme pour l’humanité, en général. Les relations humaines sont si joliment dessinées dans le livre, si apaisantes et idylliques, tant incarnées par le jeune couple Manuel et Annaïse que les parents de Manuel, Bienaimé et Délira que la tragédie contée en devient moins intolérable.

J’avais eu grand plaisir à lire la poésie d’une plume haïtienne avec Dany Laferrière. Me voici de nouveau conquise par un écrivain de même origine…

GOUVERNEURS DE LA ROSÉE
Jacques Roumain
éd. Zulma poche  2013 (v.o. 1944)

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