« Il n'existe à vrai dire pas de distinction, dans la langue japonaise, entre un arbre mort et celui auquel l'hiver a fait perdre ses feuilles. Surtout, c'est par ce terme hautement élogieux de « sec » que l'on pourra qualifier telle peinture au lavis, telle oeuvre littéraire témoignant d'un art parvenu au sommet de son accomplissement par le dépouillement de son style, son élégante simplicité, le calme profond qui en émane. On qualifiera de même une technique ayant atteint son plus haut degré de perfection et qu'aucun changement ne pourrait plus dès lors infléchir. »
Véronique Brindeau, enseignante d'histoire de la musique japonaise, écrivaine et traductrice nous offre un livre merveilleux, par chez Arléa : Les arbres de Nagasaki. Le lecteur est transporté dans une singulière promenade au Japon, à la rencontre d'un pin, de deux camphriers, d'un frêne épineux et d'autres arbres encore. Un monde se dessine sous nos yeux, celui de la renaissance - ou non - après l'explosion d'une bombe atomique. Poétique et spirituel, ce livre est un documentaire ciselé qui nous plonge au cœur d'une culture pour qui le vivant est Un, qu'il soit végétal, humain, animal...
Le livre est structuré autour de huit chapitres, chacun consacré à l'un des arbres remarquables vivant avant 1945 et qui sont aujourd'hui célébrés. Ces arbres ont étrangement trouvé une seconde vie après la disparition de toute vie à Nagasaki. Dans certains cas ils ne sont plus. Mais toujours les japonais les ont soignés, accompagnés, honorés. Un premier chapitre introduit l'histoire que nous nous apprêtons à lire. Et un récit de Kenzaburo Oe, extrait de Notes de Hiroshima, est inséré dans le parcours.
Si chaque page de ce livre se lit avec fascination et tendresse, si l'on ne cesse d'y revenir de temps à autre pour se replonger dans tel paragraphe, telles pages, c'est dû à la profondeur de son dire. L'âme du Japon palpite ici, le sens de la vie, l'acte d'honorer la vie et de se souvenir qu'elle était là hier, qu'elle a disparue, qu'elle est réapparue... tout cela étincelle entre les lignes. L'essence des choses est apparente, libérée de tout artifice. L'essentiel dans toutes choses nous éclaire de sa lumière, tel un phare qui guide les embarcations par temps trouble.
Nous ne pouvons, détailler le contenu de Les arbres de Nagasaki dans cette brève revue. Est-ce le pin miraculé dont on se souviendra le mieux, ou le cycas du temple bouddhique Fukusai, à moins que ce ne soit L'arbre sec de l'école Inasa. Magnolia, azalée ou camphrier, pin ou genévrier, c'est une présence forte et inoubliable qui semble habiter chacun des lieux où Véronique Brindeau nous introduit. L'histoire de chaque site, l'action de ceux qui se sont investis dans l'accompagnement des arbres révérés, est chaque fois différente, nous instruit progressivement et savamment. De pas en pas une harmonie d'ensemble s'instaure dans notre esprit.
Très bel ouvrage que toute bibliothèque sensible chérira.
LES ARBRES DE NAGASAKI
Véronique Brindeau
éd. Arléa, 2026
Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.


