Quand la musique nous porte loin

Hari Kunzru est un écrivain et journaliste largement connu dans le monde anglo-saxon mais également très traduit dans le monde. J’avais lu son Dieu sans les hommes qui avait tant fait parler de lui aux Etats-Unis et en Angleterre à sa sortie en 2011. J’avais été plus qu’intriguée. Ce nouveau roman, Larmes blanches, est plus facile à aborder, peut-être parce qu’il suit une structure linéaire et chronologique et se cantonne à un seul et même narrateur, mais il nous réserve malgré tout bien des surprises ! Un ou deux mois après l’avoir lu j’ai commencé à réaliser ce que sa lecture avait posé en moi. Cette drôle d’histoire m’en avait plus appris, ou dit, que bien des livres lus sur l’esclavage et la condition des noirs américains… sans en avoir l’air. Alors, oui, je vous le conseille en espérant qu’il parviendra à vous hanter comme il a l’a fait avec moi : secrètement et discrètement. Le livre sort dans sa traduction française dans moins d’un mois, en janvier 2018.

L’histoire commence de manière assez classique par une amitié qui se tisse entre deux jeunes hommes à mille lieues l’un de l’autre, tant dans leur personnalité que le milieu social dont ils sont issus. L’un est timide, renfermé, modeste, pauvre, l’autre est sociable, séduisant, dynamique et riche. De fil en aiguille ils se reconnaissent pourtant l’un en l’autre, prennent un appartement qu’ils partagent en colocation et créent un label de musique ensemble. Car leur amitié prend sa source dans « le son », l’un étant preneur de sons, l’autre collectionneur de vinyles anciens. Ils se parlent et se comprennent en écoutant la musique. Cet amour de la musique va mener pourtant Carter et Seth sur des terrains rocailleux et périlleux, autrement dit, sur les traces de leur passé.

Ce sont les origines des familles américaines « WASP » que ce livre explore, les blancs protestants anglo-saxons qui constituent les couches dirigeantes de la société. D’où viennent-ils, d’où provient leur fortune, et au détriment de qui et de quoi ? Nous ne le saurons qu’à la toute fin du récit qui se sera transformé entre temps en une histoire de fantômes resurgis de ce passé tant redouté et si bien masqué.

En lisant de nouveau Hari Kunzru j’ai réalisé que j’aimais sa façon d’effrayer le lecteur, gentiment, et de le perdre parfois, volontairement. Sa plume est en réalité chaleureuse et talentueuse.

LARMES BLANCHES
(WHITE TEARS)
Hari Kunzru
Traduit en français par Marie-Hélène Dumas
éd. J.C. Lattès

L’illustration présentée est l’oeuvre de Keith Mallett.

Vous pourrez lire l’article de Kimamori sur Dieu sans les hommes  (Gods without men) ici.

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